Categories
Blog

Napoléon, un amour de tyran ?

Les nations se cristallisent autour d’une langue, d’une histoire et aussi de certains héros dont elles s’enorgueillissent. Aussi, les peuples, partout et de tout temps, ont cultivé des mythes. Pourtant c’est certainement pour leur humanité qu’ils leur sont les plus chers.

On dit qu’il appartient à l’histoire de juger et aux historiens, de faire la part des choses. Pourtant, malgré le recul du temps, ce temps qui devrait permettre de prendre de la hauteur par rapport aux événements, le petit caporal, devenu grand, suscite jusqu’à ce jour des sentiments extrêmes de la détestation à la plus franche admiration. En revanche, la fascination qu’il suscite à l’intérieur de nos frontières et au-delà ne cesse de se confirmer.

À ce jour, il a inspiré plus de 80 000 écrits, articles, essais, biographies, romans, et d’autres encore sont en cours d’édition ou d’élaboration.

D’où vient donc cet engouement pour ce despote, mégalomane, maître dans l’art du népotisme, avec son « petit chapeau » et la main glissée dans son gilet – posture qui, soit dit en passant, n’était en aucun cas une spécificité mais tenait de la bienséance ?

À mon sens, son génie militaire, ses campagnes, ses conquêtes, ses réformes, quoi que remarquables, n’y auraient pas suffi. Plus que de ses accomplissements, c’est de sa vie privée, de sa petite histoire, que le public raffole. Un roman d’aventure, toute en amours, en trahisons, en colères et rebondissements épiques. Il est d’ailleurs lui-même l’auteur de sa propre légende. Celle d’un homme venu de nulle part et parvenu au sommet par la grâce de son seul mérite. Communiquant de talent, il a répandu la rumeur de sa popularité. Il a su mettre en scène sa gloire, s’est offert le luxe d’un sacre, d’un mariage impérial, il a bâti des palais, installé ses frères et sœurs à la tête de territoires, couronnant leurs têtes de bourgeois, il a, en une génération, créé une dynastie. Tant de triomphes, d’honneurs, pour finir en exil, déchu, malade, et abandonné de tous ou presque. Une épopée tragique, émouvante, romantique.

Le commun des mortels se laisse volontiers emporter dans ce tourbillon, captivé par tant d’ambition, d’aplomb, de chance… Il admire ce loup solitaire,  cet homme prude – si longtemps puceau – capable de brûler de passions inextinguibles, et choisit de rêver quitte à omettre des vérités.

Comme par exemple, l’abandon sans états d’âme de Joséphine, celle qui l’a découvert, accompagné et soutenu, au cours de son ascension. L’esclavage  qu’il a rétabli avant de l’abolir à nouveau, et les centaines de milliers – certains parlent de millions – de soldats et civils sacrifiés sur l’autel de sa folie des grandeurs.