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Angie, la droiture au pouvoir

Fille de pasteur évangélique, mais aussi ancienne membre des Jeunesses communistes est-allemandes, médaille d’or des olympiades de russe, docteur et  chercheuse en chimie physique, divorcée puis remariée, mais toujours sans enfants… Son profil atypique ne l’a pas empêchée de grimper dans la hiérarchie du Parti démocrate chrétien de son pays, jusqu’à la présidence qu’elle prendra en 2000 – de la base au sommet en moins de dix années.

En 2005, beaucoup encore ne la considéraient que comme la protégée de l’ancien chancelier allemand, celui qui avait recollé l’Allemagne coupée en deux par la guerre de la honte, une légende : Helmut Kohl. Sentant son potentiel, il l’avait prise sous son aile. Pourtant, nul ne semblait lui accorder vraiment de considération. D’autant que son « parrain », monument de la politique, l’appelait en public « mein Mädchen », ma jeune fille – avec affection et, sûrement, condescendance aussi. Parce qu’elle était une femme ? Ou qu’elle venait d’Allemagne de l’Est ? Sans doute un peu des deux : la fêlure entre les Allemagnes réunifiées le 3 octobre 1990 se laisse encore sentir, alors, il y a quinze ans !

Elle n’était pas impopulaire, à proprement parler, mais méprisée, ouvertement. Pendant la campagne électorale de cette année 2005, qui l’amènerait au pouvoir, elle a dû essuyer, stoïque, les remarques désobligeantes de journalistes indélicats, qui se moquaient de son physique, peu apprêté, peu attractif, donc si peu féminin…

A-t-on jamais vu dans l’histoire des personnalités politiques un tel retournement de popularité ? Car sa conquête tranquille du cœur des Allemands s’est révélée spectaculaire. Elle qui n’a pas eu d’enfants est devenue leur « mutti » mot tendre pour « maman ». Son surnom a changé. Désormais, on l’appelle Angie. Elle a gagné le respect même de ses adversaires. Spectaculaire, je vous le dis.

Quel est donc le secret d’Angie ?

Elle est vraie, simple, humble, intelligente. Et pas seulement dans ses discours. Madame la chancelière fait ses courses au supermarché, comme ses administrés. Renonçant aux privilèges attachés à sa fonction, dont un logement de fonction à la chancellerie, elle loue un appartement dans un quartier populaire. Enfin, elle ne s’habille pas chez les grands couturiers.

Mieux ! Dans l’exercice du pouvoir, elle est droite. Sans langue de bois ni pirouettes. Elle l’a prouvé encore il y a une semaine en présentant publiquement ses excuses au peuple allemand. Des excuses !? Vous avez bien lu. Alors que notre président – le roi de la gestion hectique, incohérente, de la crise sanitaire, qui a collectionné les ordres et les contre-ordres  – a tout juste réussi à admettre les torts de l’Union européenne, attention pas les siens, dans le dossier des vaccins ! Et qu’il l’a fait en Grèce, pas en France.

Que s’est-il donc passé mercredi dernier à Berlin ?

Après avoir décidé, avec son gouvernement, de confiner le pays pendant le long week-end de Pâques, Angela Merkel a compris que cette mesure serait trop difficile à appliquer, et trop lourde en conséquences. Aussi l’a-t-elle annulée, mais ne s’en est pas contentée. Comme elle le dit justement, une erreur doit être nommée, reconnue et assumée. Ce qu’elle a fait. Avant de demander pardon à son peuple pour cette « incertitude supplémentaire » qu’elle leur a causée. Elle et elle seule, a-t-elle insisté. Une leçon de leadership – car en voulant porter seule cette responsabilité, elle, qui prend sa retraite politique en septembre, dédouane son parti et lui offre une chance de succès. Une leçon d’humilité. Et une leçon d’honneur.